Karine Bouchard : L’artiste en tant qu’être humain :
Lorsque la sincérité devient effrayante

Mise en contexte 
Ma première critique à la MFA était le 9 décembre 2015. Le projet prenait la forme d’une exploration de groupe, d’une invitation à se joindre au Cabinet Performance (Performance Cabinet)[1]. Les différentes réflexions qui ont été exprimées au cours de la critique incarnent le point de départ de la production de ce document et métaphorisent également mon départ de la MFA. Toutefois, durant mon passage, de septembre à décembre 2015, j’ai eu la chance de réaliser diverses études de cas qui ont guidé mon travail vers une analyse qualitative, pouvant aussi être interprétée comme un essai. Les données compilées sont principalement basées sur les récits de mes pairs, des lectures académiques et des entrevues formelles et informelles avec des artistes, commissaires, professeurs et des étudiants de la MFA.

Historique 
Après maintes hésitations, j’ai décidé de me joindre à la maitrise en « Fine Art » (Master in Fine Art) dans le programme Open media de l’Université Concordia, où j’ai fait mes débuts en septembre 2015. J’ai eu un beau studio, des interactions humaines très riches et beaucoup d’encouragements en lien avec ma proposition, de la part de la professeure du cours Open media ainsi que du directeur de la MFA. Ce fut ainsi jusqu’à ce que je partage mon projet, à la toute fin de la session, point tournant où j’ai compris où je me trouvais : au fond d’un véritable cul-de-sac. Depuis la soumission de ma candidature et jusqu’à la session automne 2015, mon projet de maitrise était clair : je voulais créer une œuvre dans une autre œuvre où des dialogues prendraient vie. Travailleuse sociale et artiste visuelle, je m’investis dans la performance ainsi qu’en santé mentale depuis dix ans. Les rencontres qui me sont données de vivre, dans la vraie vie et particulièrement dans un esprit performatif, me nourrissent énormément. Artistiquement parlant, mais surtout humainement parlant, il me vient donc d’une urgence naturelle de partager ce médium, si concret, si impliquant, si vivant que soit la performance. Je crois sincèrement que le performatif, lorsqu’utilisé avec sincérité, véhicule en soi une substance capable de faire de nous des agents de changement. « On dit donc du performatif qu’il s’agite dans les dispositifs : une incitation à déployer une quincaillerie en fonction des processus limitatifs imposés par diverses contraintes plus ou moins institutionnelles. Le performatif est donc un débordement. »[2]  Parfois, le débordement est accueilli, ce qui permet d’expandre les limites du cadre, parfois le débordement est catégoriquement refusé, ce qui l’amène à contourner l’inflexibilité du cadre pour poursuivre son existence ailleurs.

Ayant d’abord choisi le programme Open media pour l’ouverture avec laquelle il se définit, j’ai transformé mon atelier en cabinet : divan, chaises confortables, livres, couvertures, documentation, pantoufles et finalement tapis de sol puis punching bag. Comme mon studio était le seul à avoir un évier, mes consœurs et confrères venaient souvent y faire un tour et il était assez fréquent que nous nous y retrouvions, en groupe, pour échanger. Cet espace semblait tout naturellement désigné à une pratique relationnelle! La professeure du cours Open media nous a même reflété que c’était la première fois qu’elle ressentait une énergie de solidarité aussi forte parmi ses étudiants. Nous avions aussi pris l’initiative d’y installer une table à café et de prendre les mesures nécessaires pour accueillir davantage le dialogue au travers de nos démarches artistiques. Il semblait alors que j’étais tombée sur la bonne cohorte, que les dés jouaient en la faveur du Cabinet Performance au niveau de l’ouverture de mes pairs et de l’institution. Toutefois, hésitante à changer de programme pour me diriger en Art thérapie, j’ai pris l’initiative de rencontrer le directeur de la MFA pour lui exposer mon dilemme, avoir son son de cloche. Il m’a clairement fait comprendre qu’il y avait de la place pour l’art relationnel dans le programme et qu’il m’encourageait à prioriser ma démarche artistique, à la suite de quoi il m’a fait des suggestions de lectures des plus intéressantes. Cet échange m’avait donné des ailes pour poursuivre la MFA!

Mon plan était de consacrer ma première session de maitrise pour mettre le Cabinet Performance en place, afin qu’il soit pleinement fonctionnel en hiver 2016. J’ai donc travaillé sur l’installation, ai fait des recherches au niveau éthique, ai créé une vidéo mettant en image et en son une proposition d’exploration de groupe donnant un avant-goût de ce qui allait se produire ultérieurement dans le cabinet. Lors de la critique, j’ai opté pour une formule décontractée. Un léger goûter, du thé, des fleurs et une petite chandelle étaient disposés sur une table en entrant. L’éclairage plutôt tamisé portait au silence et donc à percevoir une musique de détente en arrière-plan. J’invitais alors les individus présents à la critique à enlever leurs chaussures et à prendre des pantoufles, si souhaité, à s’installer confortablement sur les matelas de sol ou sur des chaises, selon leur convenance. Un moment fut accordé, en groupe, pour simplement se déposer. Comme j’étais la dernière étudiante-artiste à présenter mon travail, après deux journées complètes de critiques les unes à la suite des autres, l’énergie du groupe était à la fatigue et beaucoup de stress avait aussi été vécu par bon nombre d’étudiants et possiblement de professeurs. Nous avons donc pris un temps pour respirer, assis en cercle, et pour s’auto-masser avec de petites balles prévues à cet effet. Une fois l’exercice terminé, j’ai invité les gens à prendre place devant une projection, celle de la vidéo présentant l’exercice de groupe que j’avais préparé : une performance à partager. Celle-ci consistait simplement à prendre les gants de boxe, et à venir frapper un punching bag brodé en or des lettres « EGO ». Toutefois, les personnes désireuses de participer (nul n’était obligé) pouvaient aussi faire une autre action de leur choix comme, par exemple, enlacer leur EGO. Comme le tissu recouvrant le punching bag était en velours noir, cela devenait également une expérience sensorielle. Suite à l’exercice, la vidéo montrait une pépite d’or passant au travers de l’objet-punching bag. Cette pépite d’or était en quelque sorte ce pour quoi nous travaillons, ce pour quoi nous posons tous ces gestes au quotidien : pour retrouver la petite pépite d’or en soi, pour la laisser briller plein feux, partager son éclat avec les autres.

À la fin de la vidéo, deux choix s’offraient à moi : offrir un espace d’échange pour parler de l’expérience que nous venions de vivre ou bien passer à la critique conventionnelle. J’ai pensé commencer par un échange et j’ai donc ouvert un espace de partage en demandant aux gens s’ils voulaient exprimer quelque chose. Les premiers étudiants semblaient enthousiastes, l’un d’eux affirmant que c’était la meilleure façon de terminer les critiques, qu’il sentait qu’il y avait eu une énergie de groupe très forte et rare dans un milieu institutionnel. Un autre a exprimé son envie de joindre le Cabinet Performance en janvier, en parlant de sa préférence pour une telle approche, par le biais de la performance, que dans un dialogue en face à face. Puis, une professeure qui semble très respectée et influente a poursuivi par un discours annonçant la portion critique. Celle-ci a nommé son inconfort, dû à une partie de la vidéo à caractère plus hypnotique et a ensuite évoqué qu’il était impossible de ne pas être ironique avec un tel projet, dans un tel contexte. « C’est lorsque nous avons constaté que vous étiez sincère que nous avons commencé à avoir peur », a poursuivi un autre professeur. Puis, les commentaires se sont enchaînés dans un tout autre esprit que celui que j’avais voulu créer. La peur était palpable. C’était comme si tout avait basculé d’un coup, comme si les pôles s’étaient inversés brutalement; l’idée d’humaniser l’institution était devenue un abus de pouvoir où j’incarnais l’agresseure. Prévue pour ma documentation, la présence de la caméra représentait la preuve, pour certains, d’un profond manque d’éthique. Avant de débuter la performance, j’avais pourtant indiqué des zones qui ne seraient pas filmées aux personnes moins à l’aise avec cela. Puis, une professeure invitée m’a fait remarquer qu’« apprendre à respirer, ça prend des années de pratique et une expertise », s’interrogeant sur mon droit à déployer l’exercice de détente que j’avais suggéré au début de la critique. Ensuite, une autre professeure affirma clairement : « You are taking power over people, don’t go that way… » J’ai tenté d’exposer mes assises, mes acquis, mon bagage, mon cadre théorique, mais c’était tout comme si une panique s’était emprise du groupe, une anxiété généralisée, faisant certes entrave à l’ouverture et à l’écoute. Un professeur s’est levé subitement et m’a adressé ces quelques mots : « I wish you the best of luck, the best of luck », puis il est parti. Il s’agit ici du seul professeur qui a bien voulu me rencontrer par la suite, me reflétant que, depuis la critique, des réunions avaient eu lieu à mon sujet et que non seulement je ne pourrais réaliser mon projet du Cabinet Performance, mais que je ne pourrais jamais trouver de directeur de maitrise cautionnant une telle démarche et donc, que je n’obtiendrais jamais ma maitrise.

Lors de cette rencontre où j’ai pris connaissance de la situation malencontreuse que j’avais créée et des balles que je m’étais tirées dans le pied, j’ai écouté le monologue du professeur X, me démontrant paradoxalement l’altruisme par lequel il avait finalement daigné me rencontrer, malgré l’aversion unanime de tous les professeurs du département. Il alla jusqu’à me dire qu’il serait sans doute impossible pour moi de travailler comme professeure puisque l’enseignement est réservé à un nombre très limité d’étudiants qui se démarquent par leurs pratiques artistiques. Dans mon cas, le professeur X clama carrément qu’il « craignait que je finisse par travailler au McDonald’s ». Je restai figée sur place devant cet homme que je ne connaissais pas et qui ne me connaissait pas, mais qui semblait tout bonnement prédire mon avenir. Ce monologue m’appelait au détachement le plus profond, à entrer dans un état méditatif en pratiquant les techniques de respiration apprises lors de mes stages de méditation. J’étais bouche bée intérieurement, mais à l’extérieur, j’affichais un léger sourire et plaçais quelques hochements de tête au hasard des énoncés du professeur, optant alors pour rester dans un état d’écoute active et inconditionnelle. Il paya mon café et il quitta brusquement, comme il était pressé.

Suite à cette histoire, je compris que les artistes de l’institution vivaient des enjeux beaucoup plus sérieux que je pouvais m’imaginer et que, comme la notoriété est capitale dans ce milieu, je devais gagner en crédibilité en créant le service à partir d’une discipline plus ouverte, inspirant plus de sécurité aux individus-artistes : l’art-thérapie. En mars, je reçu ma lettre d’acceptation pour la maitrise en Creative Art Therapy, toujours à Concordia, et débuterai cette nouvelle aventure académique en septembre (2016), avec grand enthousiasme!

La proposition du Cabinet Performance
L’idée principale du Cabinet Performance est de créer des relations en dehors d’un mode de représentation et ce, à l’intérieur de l’institution. Le Cabinet Performance fonctionne autant comme groupe que par des consultations individuelles, formelles et informelles à la suite desquels des tentatives de performance sur mesure font irruption, prenant la forme de co-créations. Un espace confidentiel avec un canapé, de la documentation, des livres, du matériel d’art (…) prend place et devient une installation en soi, une œuvre accueillant d’autres œuvres en son sein, d’autres artistes. Ainsi, ouvert pour la production de performances sincères, le Cabinet Performance répond aux artistes-étudiants qui expriment fréquemment un besoin quant à un regard extérieur sur leur processus créatif, un accompagnement dans leurs motivations intrinsèques, un accueil inconditionnel enclin au dialogue. Plus concrètement, peu importe ce que vit l’individu, ne serait-ce que de la curiosité envers le projet lui-même, le Cabinet Performance propose d’offrir une écoute active, incluant une collecte de données exhaustive, suite à laquelle l’artiste-intervenant et l’artiste-étudiant construiront un bilan. La deuxième étape consiste en un remue-méninges créatif entre les deux protagonistes, qui ébaucheront des codes pertinents et/ou des transpositions visuelles en lien avec les propos exprimés antérieurement. Par exemple, un étudiant international pourrait faire référence à des éléments de sa culture, ceux-ci répertoriés selon ses besoins, afin de créer une performance qui puisse transcender son propos. Bref, au-delà du pôle de présentation de l’œuvre, le dialogue authentique est le but de la démarche, déployé en secret ou dans l’espace public, selon les besoins exprimés.

Conclusion
Contrairement au professeur X1, je crois sincèrement, même dans sa forme la plus immatérielle, que l’art est utile. Sinon, il n’existerait pas. L’art existe pour répondre à la nécessité humaine fondamentale de donner un sens, sans avoir recours à un langage sur-objectifiant. C’est la peur qui veut objectifier un domaine impossible à objectifier, qui affirme que l’art utile incarnerait la mort de l’art. La mort d’une pensée empoisonnée, oui, la mort de l’art, jamais. L’art existera toujours, qu’on le retienne par quelque rationalité, théorie ou élite que ce soit.

Enfin, si nous portons en nous le désir de réellement comprendre le cœur du processus de création, un dialogue humain sincère gagnerait à accompagner cette quête. Il s’agit d’un processus à long terme et je crois que le chemin est celui de l’écoute, du non-jugement et de l’appréciation de l’artiste pour l’être humain qu’il est, d’abord et avant tout. Finalement, la sincérité mène à la vraie satisfaction de celui qui crée et propulse des œuvres beaucoup plus parlantes, qui gagneraient à être partagées à la communauté.

« Le système nous veut tristes et il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister. »

— Gilles Deleuze

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Merci à tous ceux qui ont participé activement aux premières tentatives du Cabinet Performance édition 2015. Il vous reviendra en force en 2018, suite à son acquisition du statut d’art-thérapeute et à son adhésion à l’AATQ (association des art-thérapeutes du Québec).

 

ANNEXE: ÉTUDE DE CAS / CASE STUDY
Mental health is not only in the brain of individuals but is also a social construction from alienating contexts. Michel Foucault

“La santé mentale ne repose pas seulement sur la capacité du cerveau des individus, mais est aussi une construction sociale directement en lien avec des contextes aliénants.”  Michel Foucault

Échantillon
1— “In the audience, I recognise a curator from dance with who I worked in the past, in a project based on the present moment idea. After the conference, we spoke for 5 minutes in which she explained to me that she was systematically going to all Re-CREATE events, in order to keep the cap and understand new practices in dance. She gave me a confidence about the fact she doesn’t even have the required time to go to the grocery store or have a meal with her husband and said with a smile that it was not a choice.” (A curator to an MFA student after Whitefeather’s conference 05/11/2015)

« Parmi le public, j’ai reconnu un/une commissaire du milieu de la danse avec qui j’ai eu la chance de travailler dans le passé, dans le cadre d’un projet chorégraphique basé sur l’idée du moment présent. Après la conférence, nous avons parlé pendant 5 minutes. Il/Elle m’a expliqué qu’il/elle était systématiquement présent(e) à tous les événements de Re-CREATE, afin de maintenir le cap et comprendre les nouvelles pratiques en matière de danse. Il/Elle m’a confié qu’il/elle n’avait pas le temps nécessaire pour aller à l’épicerie ou prendre un repas avec son mari et a ajouté, avec un sourire pep soda, qu’elle n’avait pas le choix. » (Extrait d’une discussion entre un(e) commissaire et un(e) étudiant(e) de la MFA, après la conférence de Whitefeather 11/05/2015)

2-   “In the corridor, I met a teacher. We got to chat for 10 minutes. I asked him/her how she/he was doing. He/She answered he/she was a little tired, teaching a lot.  He/She continued with a confidence, looking around to see if someone was listening. He/She told me he/she doesn’t have the choice to have all those students; he/she tried to explain his/her situation to people in charge in all possible ways (exhibitions, personal, mental health) but he/she arrived nose on the brick wall of the institution. It is to take or to leave.”(A teacher to a student in MFA program after Whitefeather’s conference 05/11/2015)

« Dans le couloir, j’ai rencontré un(e) professeur(e). Nous avons discuté pendant 10 minutes. Je lui ai demandé comment il/elle allait. Il/Elle a répondu qu’il/elle était un peu fatigué(e), qu’il/elle enseignait beaucoup. Il/Elle a continué avec une confidence, regardant autour pour voir si quelqu’un écoutait . Il/Elle  m’a dit qu’il/elle n’avait pas le choix d’avoir tous ces étudiants ; il/elle a essayé d’expliquer sa situation aux personnes en charge de toutes les manières possibles (expositions, santé mentale, vie personnelle), mais il/elle s’est frappé(e) le nez sur le mur de briques de l’institution. C’est à prendre ou à laisser. » (Un(e) enseignant(e) à un(e) étudiant(e) dans le programme MFA, après la conférence de Whitefeather 11/05/2015)

3-   “After all, near the entry of FOFA, I met an artist that used to be my roommate’s lover. I also lived in his/her country house near the sea, a quiet place, far from civilisation. I confessed him/her there were too much people on my opinion to see the exhibition at FOFA, that I was going to come back when it gets more quiet. Then, he/she answered me that in order to keep visible and active through my MFA, I should go in the gallery.  That’s when I escaped, even though there was attractive food and wine.” (An artist to an MFA student after Whitefeather’s conference 05/11/2015)

« Près de l’entrée du FOFA, j’ai rencontré un(e) artiste qui était autrefois l’amant(e) de ma colocataire. J’ai aussi vécu dans sa maison de campagne près de la mer, un endroit calme, loin de la civilisation. Je lui ai avoué qu’il y avait trop d’individus, à mon avis, pour voir l’exposition au FOFA, que j’allais revenir lorsque ce serait plus tranquille. Il/Elle m’a répondu que, pour rester active et visible au travers de mon parcours à la MFA, je devrais aller dans la galerie. C’est à ce moment que je me suis échappé(e), même s’il y avait de la nourriture et des vins attrayants. » (Un(e) artiste à un étudiant de la MFA, lors du vernissage de Whitefeather 11/05/2015)

4-  “When I go back home after a class, I often cry. I wonder how to put a border between my work and my human compassion for students’ emotionnal content in their work. I believe I need help to get confortable in my bounderies or less emotional, as my collegues told me.” (A teacher’s confidence to an MFA student, December 2015)

(Un(e) enseignant(e) à un(e) étudiant(e) à la MFA, décembre 2015)« Quand je rentre à la maison après une classe, je pleure souvent… Je me demande comment poser une frontière entre mon travail et ma compassion humaine au contact de mes étudiants, au travers de leur travail, parfois très personnel. Je crois que j’ai besoin d’aide pour devenir plus confortable à poser mes limites ou à devenir moins émotionnel(le) comme me suggérait un(e) collègue. »

5-  “Once I went to art therapy and I could’t do what they encouraged me to do: stupid mandalas.” (A teacher speaking to a student in the MFA program, December 2015)

« Une fois, je suis allé(e) consulter un(e) art-thérapeute et j’étais incapable de faire ce qu’il/elle m’encourageait de faire : de stupides mandalas. » (Un(e) enseignant(e) parlant à un(e) étudiant(e) dans le programme de la MFA, décembre 2015)

6-  “My cousin pretends to do art, some kind of collage that she enjoys doing in her Sunday afternoon (students laughing). She really thinks she is doing art and wants me to give her some advice, of course I refused, I was embarrassed…” (A teacher, in an MFA seminary debate, September 2015)

« Ma cousine prétend faire de l’art, des espèces de collages qu’elle aime faire le dimanche après-midi (étudiants rient). Elle pense vraiment qu’elle fait de l’art et voudrait que je lui donne quelques conseils, bien sûr je refuse toujours, j’en suis gêné(e). » (Un(e) enseignant(e), séminaire MFA , septembre 2015)

7-  “I am very worried about the fact art could be utile at some point: it would be the end of it.” (Inside an MFA seminary debate, October 2015)

« Je suis très inquiet à l’idée que l’art devienne utile à un moment donné : ce serait la fin de celui-ci. » (Étudiant(e) d’un séminaire de la MFA , octobre 2015)

8-   “An artist doesn’t want to be in another’s artist work.” (A teacher speaking to a student in the MFA program, December 2015)

« Un(e) artiste ne veut pas être dans le travail d’un(e) autre artiste. » (Un(e) enseignant(e) à un étudiant dans le programme de la MFA, décembre 2015)

9-  “I have a student from art PhD who called me recently. He said he was working at McDonald’s. I really fear it is exactly what is going to happen to you. What you showed was bad art. I fear you won’t get able to find a director after what happened.” (A teacher speaking to a student in the MFA program, December 2015)

« J’ai un étudiant au doctorat qui m’a appelé récemment. Il m’a dit qu’il travaillait chez McDonald’s. Je crains vraiment qu’il vous arrive exactement la même chose. Ce que vous avez montré était du mauvais art. Je crains que vous ne serez pas en mesure de trouver un directeur de maitrise après ce qui est arrivé. » (Un(e) enseignant(e) parlant à un(e) étudiant(e) dans le programme de la MFA, décembre 2015)

10-  “After I presented my project I had 2 choices: to defend my project and tell more about its references and context or ask peers how they lived this experience. I thought both of them were important but offering the space to share first seemed like a better option. After 5 minutes, I was “taking power over other people” with irony, questionable ethics and a flagrant lack of conceptual proofs. I remember I didn’t have the chance to express myself so much, as the “untold distress” was speaking through other words.” (Me, December 2015)

« Après avoir présenté mon projet, j’avais 2 choix : le défendre et en dire davantage sur mes références ou demander à mes pairs comment ils avaient vécu cette expérience. Je pensai que les deux étaient importants, mais je voulais d’abord offrir un espace de dialogue à mes pairs et à mes professeurs. Après 5 minutes, j’étais en train de « prendre du pouvoir sur les autres » et avec ironie, avec une éthique douteuse et un manque flagrant de preuves conceptuelles. Je me souviens que je n’ai pas eu la chance de m’exprimer, comme la « détresse flagrante » parlait au travers d’autres mots. » (moi, décembre 2015)

BIO
Karine Bouchard est travailleuse sociale, membre de l’OPTFQ et artiste visuelle, préconisant la performance comme agent de transformation. Ayant œuvré plus de 10 ans dans le milieu de la santé mentale, elle est présentement impliquée auprès des Impatients, réalisant un atelier d’arts médiatiques dispensé aux jeunes adultes aux prises avec un problème de santé mentale. Dans le passé, elle a pratiqué à l’Équipe de santé mentale adulte du CLSC des Faubourgs, au Projet Autochtones du Québec ainsi qu’au Chaînon. Elle fait partie du duo performatif Bouillon de poulet pour l’art, une formule qui se veut réconfortante pour le monde de l’art actuel et qui encourage des rencontres avec la communauté. En 2015, elle a été vue au Centre d’artistes AdMare, où elle a présenté Victoires!, en collaboration avec Sachiko Sumi. Elle réalise présentement une maitrise en Creative Art Therapy à l’Université Concordia, tout en préparant le Cabinet Performatif, qui verra le jour en 2018.

[1] Une initiative mettant de l’avant l’interaction, l’empowerment et la participation des artistes-pairs pour mieux comprendre les différents états d’esprit associés au processus créatif.

[2] En collaboration, Index du performatif, Éditions Intervention, Québec, 2013, p. 23.

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