Danielle Boutet :
Un projet d’écriture et de composition : Le Monastère

En août dernier, je complétais la composition d’une œuvre intitulée Le Monastère, un projet auquel j’ai travaillé pendant quatre ans… Depuis plusieurs années, j’ai tendance à travailler sur de longs cycles, de grands thèmes—mais je ne sais pas d’avance si une idée deviendra un long cycle ou non. En mettant les dernières heures de travail, cet été, je ressentais quelque chose de très particulier, un peu comme de mettre pied à terre après une traversée : une impression de légère collision, car la berge est toujours plus solide et fixe que ce à quoi notre pied s’était habitué en mer. Ce qui correspond bien à mon impression que ce projet m’a véritablement transportée quelque part… Le texte Le Monastère est un monologue, dans la voix d’un esprit masculin, un homme qu’on n’arrive pas à situer dans le temps de sa vie : il en parle à l’imparfait, mais on n’en déduit pas … Lire la suite

Suzanne Boisvert : Le jardin du collège américain

Suzanne Boisvert est une artiste en communauté intègrant la pratique relationnelle. Elle vit à Montréal et travaille actuellement sur un projet collectif, Nous, les femmes qu’on ne sait pas voir, une exploration intergénérationnelle du vieillissement. Elle fait ici le récit d’une rencontre émouvante, vécue en 2001 dans le cadre d’un projet relationnel au Goddard College, au Vermont. C’est le mois de juillet. Deux mois avant le 11 septembre 2001. Je suis aux États-Unis. Au Vermont. À Plainfield. Dans les jardins victoriens de l’université Goddard. On m’a invitée à venir parler de ma pratique engagée lors de la résidence d’été du MFA in Interdisciplinary Arts. Ma proposition sera une performance-installation-conversation sur trois jours. Le point de départ, de lancement, de ces trois journées, c’est le mardi soir. Je présente une première performance au manoir, Conversations. Diapositives, dispositif scénique simple et adapté au lieu, script écrit pour plusieurs voix, car j’ai demandé … Lire la suite

Clémentine Nogrel : Insouciance Instinctive

Je suis guidée et grandie par la musique, j’écris sans savoir quel mot sera le suivant. J’écris parce qu’il faut commencer. Commencer, c’est recommencer là où il n’y a ni fondations ni histoire. Écrire, c’est se lancer dans une affaire universelle. J’écris. Je réussis à me jeter grâce à un moteur, mon moteur principal. Écrire quand la musique nous porte, c’est faire un duo, c’est multiplier l’imagination, faciliter la divagation. Écrire à deux tout en restant l’unique être qui écrit. Mes doigts dansent sur le clavier et accompagnent la musique. Je n’ai pas besoin de réfléchir, je n’ai pas besoin de m’arrêter. Ça coule… Pour combien de temps ? Pendant combien de temps écrire de cette manière pourra-t-il marcher ? Je fonctionne à l’instinct, je carbure aux rêves et aux utopies. J’aime ça. Je ne suis pas sûre que cela soit la meilleure façon d’écrire/vivre. Je ne suis pas sûre … Lire la suite

Anne-Marie Panhaleux :
Rendez-vous manqués ou rencontres trans’formatrices ?

AVANT-PROPOS L’histoire de vie, en tant que méthodologie de recherche et stratégie d’enseignement, permet d’étudier et de contribuer à la mise en sens des apprentissages dits expérientiels, non formels ou informels. La conscientisation des processus éducatifs élaborés à partir des évènements de la vie fait explorer toute une sphère habituellement ignorée des savoirs institués. L’histoire de vie offre des perspectives illimitées sur la découverte de l’existence comme espace de formation. Elle fait émerger les savoirs enfouis obscurément construits à l’in-su de l’individu-e. Toutefois si elle est une clé de compréhension génératrice d’évolution, elle met à l’épreuve une dimension sensible qui nécessite une approche spécifique. Un retour sur soi ne saurait à lui seul débusquer les in-sus. Les reflets que produit la socialisation contribuent à éclairer des situations parfois maintenues dans l’opacité. En cela les notions de auto-hetero-eco-formation occupent une place prépondérante. Ces trois pôles, largement étudiés par de nombreux-ses chercheur-es, … Lire la suite

Andrée Forget : La convivialité créatrice

Depuis janvier 2013, je suis doctorante en philosophie au département de philosophie et des arts à l’Université de Trois-Rivières. Le problème de la trop grande scission entre l’expérience esthétique et l’expérience naturelle de la vie est au fondement de mon projet doctoral. Au cours des années qui viennent, c’est donc par le biais d’une investigation philosophique d’une part, et d’ateliers laboratoires d’autre part, que je m’attacherai à faire valoir le caractère évolutif et émancipateur de l’exploration artistique en groupe. Le tableau comme l’artiste — vu en tant que créateur — ne sont que des miroirs. Pour parler de la création, autrement que comme un système ou comme un processus, seul le récit d’un vécu semble capable de le permettre et d’atteindre chacun dans ce qu’il a de particulier et d’universel à la fois. Seul le récit d’un vécu peut révéler ce qu’il est sans imposer une façon de voir. La … Lire la suite

Annie Abdalla : The Alzheimer’s Method of Art Making

Painter and intermedia artist Annie Abdalla tells about her caring for Joan, her mother, and the effect it had on her art making. Annie Abdalla have an MFA in Interdisciplinary Art from Goddard College and a Masters in Environmental Studies from York University; She has also studied interdisciplinary art at Naropa University and the Nova Scotia College of Art and Design. Since 2004 she has been on faculty at Goddard College in the Individualized BA Studies program. She lives by the ocean in Nova Scotia with her furry companion of many years, Miss Maddie. As a child I spent lots of time looking at the ceiling wondering what a room would look like upside down. This informs my current practice in that my paintings often defy still life traditions by releasing conventional notions of weight and space. The common artifacts of life – the kinds of scenes or objects that … Lire la suite

Sandra Vuaillat : Beuys, sculpteur de la conscience humaine

Sandra Vuaillat est homéopathe et étudiante au programme court en Étude de la pratique artistique, à l’Université du Québec à Rimouski. Né en 1921 en Allemagne, Joseph Beuys est un artiste qui a insufflé à son oeuvre une vocation thérapeutique visant à guérir l’humanité. Sa démarche ressemble à une psychanalyse sociale. Il considère que l’homme est sous l’influence de causes provenant du passé, c’est-à-dire de l’histoire de l’humanité. Ces causes sont inconscientes, et en travaillant à ce niveau, il souhaite contribuer à les rendre conscientes afin de libérer l’homme. Dans son oeuvre, à la fois symbolique et autobiographique, Beuys s’inspire directement des épisodes de sa vie. Il invente une oeuvre d’art total incluant sa vie, son travail et sa place d’homme dans la société, car pour lui, l’art c’est la vie. L’acte, l’art en action, est plus important que l’oeuvre d’art. Il était plus soucieux de stimuler les idées que de … Lire la suite

Natasha Durand :
Les marches performatives dans ma recherche de création

Natasha Durand est une artiste en arts visuels qui vit sur la Côte-Nord, au Québec. Sa pratique utilise le dessin, l’installation, l’action filmée et la performance. Elle se situe à proximité du corps et des expériences vécues, de même qu’elle favorise une interactivité intimiste. « Ma recherche constitue des échanges sur le vif et des traces d’examens attentifs qui adviennent en atelier, lors de déambulations dans la nature et de rencontres avec autrui – entretiens, accompagnement, coexistence. L’idée de trace dans mon travail se traduit surtout par des dessins et des vidéos d’autoreprésentation que je déploie en exposition ». Pratique Les marches performatives sont des actions dans la nature. Elles visent à développer l’expérience sensorielle, la disponibilité et la réception de la personne par rapport au milieu où elle se trouve. Elles visent aussi à transformer une activité du quotidien en expérience esthétique. Ces marches s’effectuent sur des distances et des durées … Lire la suite

Paule Caillé : Retrouver un état de grâce perdu

Paule Caillé est une artiste de la Gaspésie, étudiante au programme court en Étude de la pratique artistique. Exercices sur les « expériences sources » Mise en contexte En décembre, lors d’un séminaire prévu au programme court de deuxième cycle en étude de la pratique artistique, Danielle Boutet a proposé aux étudiants, dont je suis, un exercice à faire à partir de souvenirs appartenant ou non à notre enfance, pour chercher en quoi leurs expériences pouvaient être en lien avec nos pratiques artistiques. Quelques-unes d’entre elles pouvant être considérées comme des « expériences sources » de nos pratiques. C’est cet exercice qui m’a donné envie d’écrire ce récit à partir d’un souvenir de mon enfance. Je travaillais à rédiger le retour réflexif sur la session d’automne quand j’ai su que je lui annexerais un premier « récit d’artiste ». J’avais choisi de commencer ce travail de réflexion en poursuivant d’abord … Lire la suite