Joëlle Dautricourt : Lettres d’artiste

Très tôt, à l’âge d’environ deux ans, j’ai voulu savoir ce qu’étaient les lettres… En posant mon doigt sur chacune de celles du journal que mon père était en train de lire, je demandais chaque fois avec insistance « qué ce c’est ça ? », ce qui l’avait littéralement forcé à m’initier aux vingt-six lettres de l’alphabet latin. Pour m’apprendre les lettres de l’alphabet, mon père avait choisi une méthode personnelle très plaisante. Chaque semaine, il découpait dans du papier de couleur les formes d’une lettre, capitale et minuscule, qui resteraient collées au mur près de mon lit, avant d’être remplacées par les formes de la lettre suivante. Il me révélait aussi son nom que je m’exerçais à prononcer avec encore un peu de difficulté. Les lettres allaient demeurer pour moi le référent originel ludique et multiforme, avant de servir à la transcription des sons de la parole et à la représentation des … Lire la suite

Julie St-Pierre : L’art peut-il sauver le monde ?

Voici une carte heuristique ou un schéma sémantique, peu importe le nom, pour moi c’est presque une carte routière! Je vais vous la présenter par morceaux pour représenter le chemin de ma pratique artistique. Elle m’a aidée à ne pas me perdre. Quand ma mère était triste sans raison apparente, d’une tristesse qui enveloppait ses jours de noirceur, elle me disait souvent que le monde était donc lourd. Et souvent bien sûr, il y avait plusieurs grands conflits ou catastrophes dans le monde à ce moment-là. Elle absorbait tout et avait l’impression de porter ces événements. Ce souvenir me raconte beaucoup sur ma propre façon de prendre les événements. Ces événements tristes ou durs qui se passent ailleurs ou ici, je les absorbe. J’absorbe tout ce qui en émane, tout ce qui m’attriste, me révolte, me déboussole, m’inquiète, m’apeure, m’assombrit, me dégoûte, m’oppresse. C’est ce que je reçois, ce que … Lire la suite