Cécile Daimez : Happening sensoriel, plastique et poétique

Pour l’artiste plasticienne Cécile Daimez, il s’agit d’adopter une attitude directe dans le travail de la création : apprécier la nature des choses et les laisser s’exprimer avant tout concept. Être juste présent comme un sentiment naturel d’existence – qui n’a pas besoin de défi agonistique. Se reconnecter avec les perceptions permettant de se relier à l’énergie qui nous relie au monde pour retrouver notre nature primordiale perdue ; l’endroit où tout peut arriver où tout peut commencer. Rien n’est à rejeter, tout se transforme éternellement, rien ne meurt, tout est vivant. Être là, présent. Apprendre à être là dans l’instant même. Apprendre à regarder, à ressentir, à être conscient et à revenir à toute la situation dans laquelle nous sommes à ce moment. Comment regardons-nous les choses au quotidien ? Les objets, les personnes, les œuvres d’art ? Regardons-nous vraiment ce qui se présente à nos yeux ? Prenons-nous … Lire la suite

Karine Bouchard : L’artiste en tant qu’être humain :
Lorsque la sincérité devient effrayante

Mise en contexte  Ma première critique à la MFA était le 9 décembre 2015. Le projet prenait la forme d’une exploration de groupe, d’une invitation à se joindre au Cabinet Performance (Performance Cabinet)[1]. Les différentes réflexions qui ont été exprimées au cours de la critique incarnent le point de départ de la production de ce document et métaphorisent également mon départ de la MFA. Toutefois, durant mon passage, de septembre à décembre 2015, j’ai eu la chance de réaliser diverses études de cas qui ont guidé mon travail vers une analyse qualitative, pouvant aussi être interprétée comme un essai. Les données compilées sont principalement basées sur les récits de mes pairs, des lectures académiques et des entrevues formelles et informelles avec des artistes, commissaires, professeurs et des étudiants de la MFA. Historique  Après maintes hésitations, j’ai décidé de me joindre à la maitrise en « Fine Art » (Master in Fine Art) … Lire la suite

Monique Lalancette : Elle est où, la joie ?

Le texte qui suit a été présenté dans le cadre du colloque L’atelier intérieur, Exploration de lieux de présence, lequel s’est tenu à l’UQAR—Lévis, les 27 et 28 février 2016. L’événement venait conclure mon cheminement de deux ans au sein du Programme court de deuxième cycle en étude de la pratique artistique, une expérience qui m’a permis de réfléchir sur ma pratique, mon mode de recherche en création et ma position en tant qu’artiste en plus de vivre des moments de partage inoubliables. En effet, mon plongeon dans cette communauté d’âmes réfléchissantes, de chercheures invétérées de vérité et de lumière, m’a fait grandir. Ça m’a aidée à retrouver mon intégrité et une certaine sérénité. Merci, chères collègues artistes, de m’avoir éveillée à d’autres manières de faire, de dire, de voir, ainsi qu’à l’importance de se connaître, de se reconnaître et de contribuer humblement à l’évolution du savoir, du monde et de la vie. … Lire la suite

Joëlle Dautricourt : Lettres d’artiste

Très tôt, à l’âge d’environ deux ans, j’ai voulu savoir ce qu’étaient les lettres… En posant mon doigt sur chacune de celles du journal que mon père était en train de lire, je demandais chaque fois avec insistance « qué ce c’est ça ? », ce qui l’avait littéralement forcé à m’initier aux vingt-six lettres de l’alphabet latin. Pour m’apprendre les lettres de l’alphabet, mon père avait choisi une méthode personnelle très plaisante. Chaque semaine, il découpait dans du papier de couleur les formes d’une lettre, capitale et minuscule, qui resteraient collées au mur près de mon lit, avant d’être remplacées par les formes de la lettre suivante. Il me révélait aussi son nom que je m’exerçais à prononcer avec encore un peu de difficulté. Les lettres allaient demeurer pour moi le référent originel ludique et multiforme, avant de servir à la transcription des sons de la parole et à la représentation des … Lire la suite

Julie St-Pierre : L’art peut-il sauver le monde ?

Voici une carte heuristique ou un schéma sémantique, peu importe le nom, pour moi c’est presque une carte routière! Je vais vous la présenter par morceaux pour représenter le chemin de ma pratique artistique. Elle m’a aidée à ne pas me perdre. Quand ma mère était triste sans raison apparente, d’une tristesse qui enveloppait ses jours de noirceur, elle me disait souvent que le monde était donc lourd. Et souvent bien sûr, il y avait plusieurs grands conflits ou catastrophes dans le monde à ce moment-là. Elle absorbait tout et avait l’impression de porter ces événements. Ce souvenir me raconte beaucoup sur ma propre façon de prendre les événements. Ces événements tristes ou durs qui se passent ailleurs ou ici, je les absorbe. J’absorbe tout ce qui en émane, tout ce qui m’attriste, me révolte, me déboussole, m’inquiète, m’apeure, m’assombrit, me dégoûte, m’oppresse. C’est ce que je reçois, ce que … Lire la suite

Rosalie Trudel : Échafaudage de la création

Réflexions sur l’espace, le corps, la création et le poétique Le texte qui suit est une exploration et une actualisation de mes intérêts et de mon processus en création artistique, en particulier en poésie. Je suis une femme à l’aube de sa trentaine et l’art et l’humain sont dans ma vie deux pôles qui m’offrent une soif de découverte et d’expérience sans cesse renouvelée. Par mes mots, qu’ils soient poèmes ou essais, je cherche à partager ce chemin qui est le mien. Avec les mots, avec l’humain, avec vous, dans la relation, les résonances, le partage, je cherche à être au monde. Dans ce mouvement sans fin, de ma première vie de danseuse, d’enseignante et d’improvisatrice, jusqu’à mon voyage en poésie, je marche, je laisse ma trace, je prends place, et je vous invite. Ce texte est né à la fin de l’été dernier, alors que je venais d’achever l’échafaudage … Lire la suite

Thuy Aurélie Nguyen :
On ne change pas de capitaine en cours de traversée…

Arrêter d’attendre. Le moment propice. Les conditions idéales. Écrire, même fatiguée, revenant de servir au restaurant. Même chez les gens, même dans le bruit. Écrire parce qu’il faut écrire. C’est pour cela que je suis faite. C’est tout. Faire taire les doutes qui paralysent, qui retiennent, qui percluent de rhumatismes. Écrire parce qu’il faut écrire. Il est temps. Il est temps d’obéir à cette injonction suprême, qui n’attend que moi. Qui attend que je m’asseye, n’importe où, dans un café, sur une plage en Gaspésie, en transhumance, partout où je suis et je passe. Qui attend que j’ouvre mon ordinateur et que je commence. Il s’agit de muscler ma capacité à persévérer. « Persister, demeurer ferme et constant dans un sentiment, une manière d’être ou d’agir, une résolution. » nous dit le Wiktionnaire. Il y a aussi ce livre de Bernard Honoré qui s’intitule Persévérer dans l’existence. L’inspiration, oui ! Mais j’ai besoin … Lire la suite

Claire Maillé : Atelier d’artiste

Fondements d’un savoir oublié J’avais à peine 11 ans. Je descendais les escaliers qui me conduisaient directement dans l’atelier d’artiste. Edmund me permettait de rester à côté de lui, à condition de ne rien dire. « Pas question de parler », m’a-t-il dit, « tu regardes et tu ne bouges pas.  » Jamais je n’oublierai le privilège qui m’a été offert de venir me percher sur ce tabouret à côté du chevalet en bois dégoulinant de peinture à l’huile. C’est ainsi qu’il s’est construit une complicité toute particulière entre nous, je me dépêchais de rentrer de l’école et me précipitais dans son atelier. Edmund vivait chez nous depuis un certain temps, mes parents lui avaient alloué un espace au rez-de-chaussée de notre grande maison située dans la banlieue parisienne. L’atelier était spacieux et éclairé par une grande baie vitrée. Cette pièce donnait directement sur un jardin joliment aménagé. La lumière du jour était … Lire la suite

Carol Shapiro : Équations des incertains

Résumé : Donner à voir ce que se joue dans un processus de création est comme se jeter dans une vague, ne pas trahir le sens de la marée tout en tentant de respirer, de flotter dans ces turbulences pour partager l’indicible. Les artistes ont toujours contribué à la société par leurs œuvres, mais l’expérience même de création est aussi une expérience significative pour la connaissance de l’humain sur son humanité. Danielle Boutet, Ph.D. Équations des incertains On appelle « inéquation » une inégalité qui n’est vérifiée que pour certaines valeurs attribuées aux lettres qu’elle contient. Ces lettres sont les inconnues de l’inéquation. Comment approcher cet espace, cette dimension de la création artistique, lieu où la pensée — onde/particule — se transforme, où le geste se retrouve suspendu dans ce temps vertigineux qui nous précède, qui détermine à notre insu la trace/futur de nos parcours, traversée des recherches et expériences, transmissions qui … Lire la suite

Danielle Boutet :
Un projet d’écriture et de composition : Le Monastère

En août dernier, je complétais la composition d’une œuvre intitulée Le Monastère, un projet auquel j’ai travaillé pendant quatre ans… Depuis plusieurs années, j’ai tendance à travailler sur de longs cycles, de grands thèmes—mais je ne sais pas d’avance si une idée deviendra un long cycle ou non. En mettant les dernières heures de travail, cet été, je ressentais quelque chose de très particulier, un peu comme de mettre pied à terre après une traversée : une impression de légère collision, car la berge est toujours plus solide et fixe que ce à quoi notre pied s’était habitué en mer. Ce qui correspond bien à mon impression que ce projet m’a véritablement transportée quelque part… Le texte Le Monastère est un monologue, dans la voix d’un esprit masculin, un homme qu’on n’arrive pas à situer dans le temps de sa vie : il en parle à l’imparfait, mais on n’en déduit pas … Lire la suite