Karine Lewitz: À vrai dire

Je me vois taper « comment obtenir une résidence artistique » sur Google.   —   Je trouve ça fou quand même. De demander à une machine de m’aider à trouver une solution. J’ai besoin de son objectivité, de sa lucidité, de son manque d’opinion.   —   Il m’arrive d’envier Google.

Car je suis une source intarissable de communication qui lutte pour trouver la sortie, quand Google, lui, sans une seconde de réflexion, sans peur, déballe tout son savoir.

Je ressens parfois la sensation d’un pansement sur la bouche. Pas contre moi.   —   Plus pour éviter le brouhaha général en place publique, quand tout le monde cherche à être entendu.   —   Et très souvent, il m’est difficile d’’avancer jusqu’à une oreille.

Je me sens souvent lâche, et bête aussi.   —   Fainéante, désorganisée, faible.   —   Si d’autres y arrivent, j’ai l’impression de manquer de quelque chose.   —   Il m’arrive même souvent de commencer à créer pour me prouver que je peux faire des choses.

Et, malgré tous ces doutes, l’envie règne, intacte, au dessus de la débâcle des peurs.   —   Elle continue de me lancer des défis, des images et des sons à décoder.

Avant d’écrire ce texte, j’ai prié. La lumière, les anges, les saints, la Vierge.   —   Il s’agit un rituel de connexion, alors que je ne suis pas forcément catholique. Je me branche ailleurs.

Je cherche quelque chose qui ne m’appartiendrait pas à moi seule.   —   Une pensée plus collective.   —   Je peux dire quelque part que je cherche à traduire quelqu’un ou quelque chose de plus grand.

Je laisse parler un « AUTRE » concerné à travers moi. « Celui » ou bien « Ce » qui s’évade mieux dans la folie des hasards et des inspirations.   —   Il me dira qu’il s’agit d’aller plus haut, non pas plus loin.   —   Que l’Humain est une bien belle machine à vivre.   —   Et nous sommes là, assis dedans.   —   En attendant. Attendre c’est triste.

Ne pas attendre.

Arracher les bribes de paillettes sur les corps calleux en noir en blanc et les faire bouger pour donner l’illusion, animer ce qui pourrait être sans vie, remuer l’immobile, secouer les silences.

Alors vient la question du Pourquoi, existence en pause, dés à la main, on s’attarde à comprendre quand la mort, elle, a toutes les réponses qui nous encombrent.

Serait-ce donc la fin qui anime l’artiste ?

Carnivores en eaux troubles   —   Voilà ce que nous sommes   —   Envie insatiable de lutter contrer le sort   —   De courir les miracles comme dans un rétro speech de la Traviata.   —   De sucer la moelle de l’absolu comme on tapine : en aller retour, aux heures interdites, en frénésie, sans nul doute par nécessité pratique, quand on ne sait pas faire autrement.

Très souvent, il faut que le processus aille vite.   —   Pas par flemme ou impatience, mais pour attraper le plus de lumière possible sur un instant de vérité qui nous transcende.   —   Avant qu’il ne disparaisse sous la prochaine vague.

29401222_239895469914734_1019118820771495936_n Légende image Lewitz

Photos + textes : @lewitz.karine sur Instagram

Création musicale – texte + montage

https://www.youtube.com/watch?v=Er6i3O9_yX0

Karine Lewitz youtube

Clip : https://www.youtube.com/watch?v=wZ4HK-teYQo

 

Je choisis donc des médias rapides : écriture instantanée, street photographie, collage avec des sources déjà existantes.

J’apprends à prendre plus de temps en travaillant en équipe, en me laissant stimuler par la pensée qui rebondit. Dans ce contexte, j’arrive parfois à travailler une esthétique sur la longueur.

C’est d’ailleurs mon objectif 2019. Créer plus d’esthétique. Polir la pierre brute. Me tailler les neurones pour exister, en transparence. Pour montrer cette chose qui paraît absurde, qui le restera sûrement, mais à laquelle on aura rendu hommage.

Parce qu’après tout, à l’image d’une prière très procédurière, rendre hommage à la vie, s’y agenouiller sous le cambouis cérébral et l’humide intimité naissante de ce qui jaillit, est ce qui me semble le plus honorable.

J’écoute à l’instant Elsa Dorfman, qui parle photographie durant une interview où on lui demande si, pour elle, ce procédé représente le réel.   —   Elle répond avec ferveur « Absolutely noot ».   —   Je suis troublée, car il me semble qu’elle a raison, et en même temps je ne peux m’empêcher de me demander si, au final, l’art ne représente pas une réalité disséquée.   —   Je m’explique.   —   Comme dans un film, si l’on regarde image par image, cela ne veut rien dire.   —   Mais, mis bout à bout, en comparaison les unes par rapport aux autres, à la vitesse de l’émotion du moment, elle prennent un sens.   —   Une beauté qui était là, mais que l’on avait pas eu le temps d’analyser.   —   Pourtant, à un moment, on a décidé de cliquer. Parce qu’on avait saisi que c’était beau, même si on ne savait pas forcément pourquoi.

On crée peut-être pour comprendre ce que l’on sait déjà.

À vitesse humaine, on découpe le chant pour entendre les cordes qui vibrent.   —   Il ne restera qu’une photo du muscle, mais il était la. Et sans lui, rien n’est vrai.

C’est donc du réel inconscient que nous transmettons.

Il s’agit de mettre en lumière les réalités trop rapides, de disséquer le rêve, que nous analysons en global, en émotion finale.

Nous cherchons à montrer, a comprendre les détails de la vie, pour comprendre pourquoi au final elle est si inexorablement primordiale.

 

BIOGRAPHIE

Karine Lewitz a commencé à créer comme on s’invente une histoire : au hasard d’un moment de silence.

Après des études en faculté de droit, elle change de cap pour entrer au Centre de Formation Vocale à Paris, où elle étudie les arts de la scène (chant-théâtre et expression scénique).

En parallèle de plusieurs années de tournées en France et en Europe, au service de projets musicaux, elle co-écrit certains titres (musique et texte) avec des artistes en développement, et reprend en 2016, des études de communication visuelle, et de photographie au Centre Verdier.

Commence ici une période de créations de textes, séries de photographies et montages audio-visuels.

Elle réalise en tant qu’auteur-compositeur, et pour le montage vidéo, en 2018 « Please, don’t wake me up », une oeuvre sélectionnée comme prix du public au Mash-up Film Festival, soutenu par le CNC.

Oniriques, ses réalisations sont conçues comme des hommages aux mystères humains, à ces êtres sans certitudes, qui traversent la vie tout autant qu’ils sont traversés par elle.

L’artiste structure le plus souvent ses compositions sous forme de scénarios, mélangeant rêves et réalités, abstraction et réalisme, transformations de matières existantes et création.

Elle tente, en quelque sorte, de révéler le substrat d’une vérité abstraite collective.

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